LES JEUNES : la priorité absolue dans la région arabe

Il y a quelques années, j’ai décidé d’expliquer à ma fille de 11 ans les mystères de la vie et de la conception en partant du principe qu’une attitude saine envers notre corps et notre sexualité devrait être encouragée dès l’enfance.

J’ai été stupéfait par les connaissances qu’elle possédait déjà à ce sujet. D’après mon expérience dans la vie ou mon travail auprès des jeunes, les choses sont à l’évidence en train de changer.

L’époque où l’on considérait les jeunes comme de simples chiffres, des personnes à charge ou une génération en attente de conseils parentaux est révolue.

Grâce à leur conscience sociale et aux nouvelles technologies, les jeunes de la région arabe sont devenus des agents du changement.

Les millénaires arabes ont recours aux réseaux sociaux pour faire connaître leurs préoccupations et faire évoluer leur situation.

Les influenceurs et les innovateurs d’aujourd’hui ont prouvé qu’ils peuvent contribuer au changement social et mobiliser leur communauté autour d’une cause.

Il est impressionnant de voir Ahmed El Ghandour, originaire d’Egypte, alias daheeh, « la grosse tête » en égyptien, et le nombre de vues de ses émissions sur la science, la politique, les arts, la philosophie et d’autres sujets, qui s’élève à près de 20 millions de spectateurs.

Il en va de même pour Hanin Shath, originaire de Palestine, qui a lancé une campagne de sensibilisation sur les personnes handicapées à Gaza.

Elle a non seulement réussi à changer la perception sociale de ce groupe marginalisé, mais s’est aussi surpassée en mettant au point des programmes d’engagement pour motiver les personnes handicapées et les intégrer dans la société à tout point de vue. Aujourd’hui, 274 millions d’Arabes ont moins de 30 ans.

C’est un nombre considérable qui peut se révéler être une ressource extraordinaire dans toute la région arabe.

Il n’est pas rare d’entendre : « Nous devons investir dans la jeunesse ».

Mais qu’entend-t-on réellement par « investir dans la jeunesse » ? Avant toutes choses, les États doivent placer les jeunes au cœur de leurs priorités en matière d’engagement et de développement.

Alors que plusieurs États arabes font des progrès en adoptant des mesures politiques visant à autonomiser les jeunes, ils doivent faire plus encore pour exploiter le dividende démographique alors que les jeunes font face à des défis colossaux.

La région arabe présente toujours des taux élevés de mariages d’enfants, de grossesses d’adolescentes, de mortalité maternelle, d’émigration, de troubles politiques et de chômage.

Bien que ces sujets soient tout aussi importants, les États doivent les prioriser afin d’exploiter efficacement ce groupe social important et d’aboutir à un développement rapide.

Le Maroc pourrait donner la priorité à l’accès à l’éducation pour tous, alors que le Koweït pourrait décider de mettre l’accent sur l’innovation.

Il incombe à chaque État de décider d’agir en fonction de ses priorités nationales et d’orienter en conséquence la mise en œuvre de politiques, de services et de programmes relatifs à la jeunesse.

Toutefois, les États arabes seuls ne seront pas en mesure de le faire.

Cela nécessite une mise en commun des efforts avec les organisations locales et les institutions internationales telles que l’UNFPA afin d’impliquer au niveau de l’État toutes les parties prenantes, y compris les jeunes, notamment par le dialogue politique, et de concrétiser le dividende démographique.

Premièrement, élaborer des politiques et investir dans la jeunesse demandent de la part des gouvernements de connaître la taille, le sexe, l’emplacement et la répartition selon l’âge des populations actuelles et de prédire avec précision la population future.

Deuxièmement, les États arabes doivent reconnaître que les politiques traditionnelles ne conviennent plus aux situations non traditionnelles.

Nous devons suivre une approche structurée et novatrice fondée sur la pensée conceptuelle pour aborder ces questions complexes.

Il faut rechercher de nouvelles modalités pour imaginer des solutions qui répondent plus efficacement aux besoins des jeunes.

Dans la pratique, cela signifie que nous devons penser « expansion » pour générer des idées et les transformer en projets pilotes concrets.

Les chefs d’État s’accordent tous à dire que la marginalisation de la jeunesse signe la mort du développement de la région arabe.

La solution alternative consiste à investir dans les jeunes et dans leurs droits. Non seulement l’avenir leur appartient, mais il sera façonné par eux.

Il est urgent de se concentrer non seulement sur les jeunes en tant que sujets, mais aussi en tant qu’agents du changement et du développement humain dans la région.

Seul un changement de mentalité garantira des sociétés durables qui permettront aux 274 millions de jeunes de servir au niveau communautaire ou national.

Des initiatives comme celle de Hanin et les blogueurs influents comme Ahmed montrent la voie à suivre.

Il n’y a finalement pas de mystère : les initiatives individuelles doivent être enseignées et encouragées à un âge précoce.

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